
Portrait of Jeanne Hébuterne
Barnes Foundation, Philadelphia
Jeanne Hébuterne avait dix-neuf ans et étudiait à l’Académie Colarossi lorsque la sculptrice Chana Orloff l’a présentée à Modigliani au printemps 1917[1]. Sa famille catholique conservatrice l’a reniée à cause de cette relation : Modigliani, âgé de trente-trois ans, malade et connu pour son usage de l’alcool et des drogues, ne leur semblait pas digne de leur fille[1]. Elle a néanmoins emménagé avec lui et est devenue son modèle le plus peint, posant pour plus de vingt portraits entre 1917 et 1920[2]. Ce tableau la montre de profil, les cheveux relevés en une forme conique serrée qui rappelle les couronnes de la statuaire égyptienne ; cette comparaison est devenue la description habituelle. Il a été peint en 1918, l’année où Modigliani, Hébuterne et leur premier enfant à naître ont quitté Paris en guerre pour le sud de la France, d’abord Nice puis Cagnes-sur-Mer, où leur fille, également prénommée Jeanne, est née le 29 novembre 1918[1]. Hébuterne était de nouveau enceinte quelques mois après leur retour à Paris en 1919. Modigliani est mort de méningite tuberculeuse le 24 janvier 1920. Le lendemain matin, enceinte de huit mois, elle s’est jetée de la fenêtre du cinquième étage de ses parents et est morte avec leur deuxième enfant à naître[1].


Provenance
Le tableau est aujourd’hui conservé à la Barnes Foundation, à Philadelphie. Modigliani a peint ce portrait de profil d’Hébuterne en 1918, durant le séjour du couple sur la Côte d’Azur. Il fait partie des plus de vingt portraits qu’il a réalisés d’elle entre 1917 et sa mort en 1920.
Une étudiante en art, pas un modèle professionnel
Hébuterne ne faisait pas partie des modèles professionnels que Modigliani peignait aux côtés de ses amis et mécènes. Elle avait elle-même étudié la peinture à l’Académie Colarossi, la même école de Montparnasse où Modigliani avait étudié dix ans plus tôt, et son frère André était également peintre[1]. Sa famille a rejeté totalement leur relation : catholiques fervents, ils considéraient Modigliani comme un vagabond débauché et l’ont reniée parce qu’elle restait avec lui[1]. Elle est restée malgré tout et, en juillet 1917, le couple a loué un atelier commun au 8, rue de la Grande-Chaumière[2]. Le fait qu’elle soit elle-même artiste peut expliquer pourquoi les tableaux qu’il a faits d’elle semblent moins relever de séances formelles que d’un témoignage de leur proximité quotidienne : une personne qui comprenait son travail et posait régulièrement pour lui, de profil, assise, en pull jaune ou sous la lumière offerte par la pièce ce jour-là.
Le départ vers le sud, 1918
Au début de 1918, alors que la guerre se poursuivait et que Paris était menacé par les bombardements allemands, Modigliani et Hébuterne sont partis vers le sud, à Nice puis à Cagnes-sur-Mer[3]. Leur cercle local était étonnamment bien connecté pour un groupe de peintres presque sans le sou : Pierre-Auguste Renoir, Pablo Picasso, Giorgio de Chirico et André Derain étaient tous présents à différents moments[3]. Zborowski, le marchand de Modigliani, a organisé des séances avec des habitants de la région. La palette de Modigliani a évolué sous l’effet de la lumière méridionale, sèche et forte, et de son intérêt croissant pour Cézanne[3]. Il avait du mal à travailler dans cette lumière et ses amis parisiens lui manquaient ; il avait hâte de retourner dans la capitale. Le couple y est revenu à la fin de mai 1919[3]. Ce portrait de profil appartient à cette période sur la Côte d’Azur, alors qu’Hébuterne portait leur premier enfant et que Modigliani traversait un véritable changement, quoique difficile, dans sa peinture.
La pose : le profil et la comparaison avec l’Égypte
Modigliani a peint Hébuterne de profil à plusieurs reprises, les cheveux relevés en une forme ronde et compacte qui a souvent rappelé aux spectateurs les couronnes de la statuaire égyptienne antique. Cette comparaison s’inscrit dans une tendance plus large de son œuvre tardive : cous allongés, yeux en amande aplatis et visages réduits à quelques plans courbes. Il avait d’abord élaboré ce vocabulaire comme sculpteur, sous l’influence de Brancusi et de l’art africain, avant que la guerre ne le contraigne à revenir à la peinture[2]. Appliqué à Hébuterne, ce vocabulaire produit quelque chose de plus proche de l’icône que de la ressemblance : un visage légèrement distant, alors même que, selon tous les témoignages, elle était la personne la plus proche de lui durant ses dernières années.
Questions courantes
Quel âge avait Jeanne Hébuterne lorsqu’elle a rencontré Modigliani ?
Dix-neuf ans. Elle étudiait à l’Académie Colarossi et la sculptrice Chana Orloff l’a présentée à Modigliani au printemps 1917[1].
Pourquoi ses cheveux ressemblent-ils à une couronne dans ce portrait ?
Modigliani les a représentés sous la forme compacte et arrondie des couronnes de la statuaire égyptienne antique. Cela relève du vocabulaire réduit, semblable à un masque, qu’il appliquait à la plupart de ses portraits tardifs[2].
Pourquoi Modigliani et Hébuterne sont-ils partis dans le sud de la France en 1918 ?
En raison des conditions de guerre à Paris, le couple s’est rendu à Nice puis à Cagnes-sur-Mer, où leur fille est née en novembre[3].
Comment Jeanne Hébuterne est-elle morte ?
Elle s’est donné la mort le lendemain matin de la mort de Modigliani, en janvier 1920, alors enceinte de huit mois de leur deuxième enfant[1].
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Sources
Le texte éditorial s’appuie sur les références suivantes, vérifiées auprès du musée et dans les données relatives à l’image de cette œuvre dans le domaine public.
- [1] livre Amedeo Modigliani, Delphi Complete Paintings of Amedeo Modigliani (Illustrated) (Delphi Masters of Art Book 27) Utilisée pour : cette œuvre.
- [2] livre Solomon R. Guggenheim Museum, Jeanne Hébuterne with Yellow Sweater (Solomon R. Guggenheim collection catalogue) Utilisée pour : cette œuvre.
- [3] livre Amedeo Modigliani, Seated Boy with Cap (Delphi Complete Paintings of Amedeo Modigliani) Utilisée pour : cette œuvre.
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